Sky Crawlers - L’armée du Ciel
Stéphane | 8 février 2010Il y a longtemps maintenant que le cinéma d’animation japonais a acquis ses lettres de noblesse. Ces dessins-animés loin d’être des oeuvres uniquement destinées aux enfants se révèlent de véritables films pour adulte particulièrement porteurs de sens.
The sky crawlers est la dernière réalisation de Mamoru Oshii très célèbre pour son adaptation de Ghost in the Shell - aventure futuriste où les héros mi-homme mi-machines se posent des questions métaphysiques sur leur existence – et Avalon où les personnages principaux ne savent plus s’ils sont dans un jeu vidéo ou dans la réalité.
Cette fois-ci Mamoru Oshii nous transporte dans un monde étrange fait de batailles aériennes héroïques au sein de ciels voluptueux et de nuages cotoneux, en compagnie d’avions à hélice issus d’une seconde guerre mondiale fantaisiste. Le spectateur découvre petit à petit l’étrange existence des protagonistes de ces batailles, enfants adoptant une conduite adulte sans la comprendre, par habitude, tels des métronomes battant le temps d’une vie sans surprise.
Au delà de la qualité esthétique de ce film où se superposent, pour le plaisir de l’oeil et des effets de profondeurs, des images en deux et trois dimensions, c’est un univers proche de celui si bien écrit dans Le désert des Tartares de Dino Buzzati, qui y transparaît. Là où le soldat attendait indéfiniment un ennemi imaginaire, laissant passer le temps comme chaque être humain voit filer sa vie, les pilotes de Sky Crawlers participent sans émotion à une guerre télévisée jamais gagnée ni perdue : un conflit éternel.
Sont soulevés ainsi les thèmes des questionnements humains classiques sur la finalité de notre existence, mais aussi bien sûr la perte de repère particulière à notre époque. Ne semblait-il pas plus facile de s’engager dans un camp ou dans l’autre autrefois, pour faire la guerre certes, mais avec la foi en un sens des choses. Quelle étrange paix que celle présentée à la télévision, où les soldats meurent en Afghanistan, pendant qu’on s’entretue à l’arme automatique dans les lycées, que l’on poignarde les professeurs avec l’affirmation sans cesse réitérée d’un monde multiculturel meilleur.
Bien sûr Sky Crawlers souligne cette perte de repère et de valeur pour le bonheur de deux multinationales associées organisant ces jeux du cirque aériens.
Des jeux du cirques modernes où nous sommes tous conviés de gré ou de force et duquel il semble malheureusement impossible de s’échapper tant tout est bien rodé mécaniquement.
En ce sens, l’oeuvre de Mamoru Oshii est assez triste, même si l’essence de ses héros, survit toujours aux combats et les rappelle aux sentiments de ceux qui les ont aimés.
Note : 4/5
Sky crawlers Bande-Annonce 1
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