Vivement les Vacances ! - Chapitre XIII
Stéphane | 11 novembre 2009Chapitre XIII
Au boulot !
Toute l’équipe de Jean Brouille avait été mobilisée pour la visite d’un abattoir de poulets. Le ministre et ses accompagnateurs étaient vêtus, comme l’exigeait la sécurité, d’une blouse blanche, d’un casque et de bottes assortis. Ils composaient, avec le patron des lieux, une véritable petite troupe assidûment filmée par les caméras des télévisions nationales et régionales.
La visite complète durait une heure : de l’arrivée des camions chargés des poulets dans des cagettes, à l’anesthésie, puis la saignée, l’échaudage, la plumaison, la finition à la cire, l’éviscération, la découpe, le ressuyage, jusqu’au conditionnement.
Le directeur de l’abattoir lui-même guidait le groupe. Se targuant d’une capacité d’abattage de 10000 poulets par heure, il assurait avec fierté posséder une structure ultramoderne à la pointe de la technologie. Arrivées par transports routiers, les volailles quittaient l’usine, entières ou en morceaux, parfaitement emballées, prêtes à la vente. La qualité et l’hygiène étaient les maîtres mots, affichés en slogan à plusieurs endroits de l’entreprise.
« Ces visites sont-elles bien utiles Monsieur le Ministre ? demanda un journaliste qui tendait un micro.
– Elles sont essentielles, répondit Brouille. Comment un ministre de l’emploi digne de ce nom peut-il prétendre assumer pleinement sa tâche s’il n’a pas de contacts avec le monde du travail ? Mon devoir consiste aussi à être présent sur le terrain. Cela fait partie de la fonction politique. J’ai d’ailleurs retenu beaucoup de choses de ma visite ici. Monsieur le Directeur m’expliquait justement l’effort qui est tout particulièrement réalisé pour assurer la traçabilité des volailles. Un novice dans le domaine, comme moi, aurait pu croire que les camions chargeaient puis déchargeaient les poulets et que ceux-ci étaient abattus et mis en pièces sans plus de contrôles. Pourtant, et Monsieur Deplumes, me l’a bien répété, le poulet est suivi de sa sortie de l’œuf à son conditionnement. Ainsi, si vous faites vos courses dans un supermarché et qu’il y a un défaut sur le produit, en observant l’étiquette, - et grâce à la traçabilité – on peut remonter toute la chaîne et en déduire où il y a eu un problème. N’est-ce-pas formidable ? Je crois que nous pourrions utiliser cette expérience sur les demandeurs d’emploi. En traçant le parcours de chaque chômeur depuis sa mise en disponibilité jusqu’à ce qu’il retrouve un poste, on pourra améliorer le dispositif, l’optimiser et ainsi faciliter à chacun l’obtention d’un emploi.
– Si je puis me permettre, Monsieur le Ministre, il serait intéressant également de baisser les charges patronales, intervint Deplumes qui profitait de la présence de la presse.
– Je sais bien que les charges grèvent votre budget. Mais celles-ci sont nécessaires aussi au bon fonctionnement de l’Etat, rétorqua Brouille.
– N’avez-vous rien prévu pour faire baisser les charges ? questionna en renchérissant le journaliste qui avait flairé la question embarrassante.
– Vous devriez vous renseigner, répondit le ministre avec autorité. Mon cabinet et moi-même avons mis en place toute une série de mesures destinées à faciliter l’embauche par les entreprises. Parmi celles-ci, il y en a plusieurs qui permettent des baisses de charges par le biais d’emploi de jeunes notamment. On ne laisse pas assez la place aux jeunes dans ce pays. Il est plus difficile de trouver un emploi lorsque l’on commence, c’est pourquoi il est normal dans ce cas de bénéficier d’un coup de pouce.
– A ce sujet, relança le directeur, nous accueillons beaucoup de jeunes dans cette entreprise. Beaucoup d’intérimaires également. Nous aimerions les pérenniser. Mais, il faut avouer que les aides gouvernementales mettent parfois beaucoup de temps à nous parvenir. Avec davantage de subventions nous pourrions augmenter en conséquence notre personnel.
– Je vous comprends, répondit Brouille. Votre usine modèle représente l’avenir de la profession. Vous créerez de l’emploi et je m’y engage. La baisse du chômage déjà amorcée dans notre pays doit se poursuivre. C’est avec l’aide d’entrepreneurs tels que vous que nous y parviendrons. »
La visite se termina par un vin d’honneur regroupant tout le personnel de l’abattoir, avant que le ministre ne reprenne la route pour visiter cette fois une usine de fabrication de mayonnaise.

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